Comment ressentir sa propre insignifiance peut-il libérer ?

Plusieurs discussions ont mené à cette vidéo de Kurzgesagt, qui me fait intensément ressentir la liberté qu’on peut tirer d’un soupçon de nihilisme dans sa vie. Deux d’entre elles, l’une, née entre des olives et des cacahuètes (salées) et l’autre, entre une nintendo switch et un fairphone, ne font que commencer. Quel meilleur moment que Noël pour s’affranchir un poil du joug de nos croyances?

Yo Adil et PA,

On donne souvent une importance énorme, voire disproportionnée aux conséquences de nos actes, de nos décisions. On fait toute une affaire de nos tracas, de nos soucis, des aléas de nos existences. C’est de cette perspective là que nous tirons nos instants de félicité mais aussi de souffrance.

  1. La prise de recul

Lorsqu’on se noie dans un océan de stress et de pression, comme lors d’une rentrée trop chargée ou avant un spectacle d’impro, ça aide énormément de tenter de prendre un peu de hauteur. On ferme les yeux doucement et on tente de réfléchir à ce que représentera cette période, cet événement dans un mois, dans 10 ans et même dans 50 ans lorsqu’avec une pincée de nostalgie et beaucoup d’émotions, nous jetterons nos derniers regards sur le parcours sinueux de nos furtifs passages.

Prendre de la hauteur sur sa vie, sur ses actions, permet de relativiser l’importance de ses échecs, plantages et autres capotages.

Et puis si on continue à élever notre perspective, à lâcher le lest de cette montgolfière depuis laquelle on regarde le monde, on se rend vite compte qu’au final, c’est notre vie toute entière qui est “anecdotique”, quoiqu’on fasse, quoiqu’on advienne, notre passage ne fera pas plus de vagues dans l’océan de l’histoire qu’une molécule d’eau délicatement déposée sur la surface de l’Atlantique.

Si on continue à brûler du propane, on se rend compte, à peine un peu plus haut, que n’importe quelle vie humaine fut, est et sera nécessairement dérisoire, la mienne bien sûr, mais celle de Barack également, jusqu’à celle de Gengis Khan qui aurait pourtant à ce jour quelques 16 millions de descendants…

Ne nous torturons pas à évoquer l’hélas trop longue liste de ceux dont l’existence aurait déjà due être anecdotique lorsque la montgolfière était encore attachée au sol et dont la vie, par un concours de circonstances historiques dramatiques a donné une dimension complètement usurpée.

yoooohooooooooooooo!

Quelques kilos de lest plus tard et quelques mètres au-dessus, c’est l’histoire de l’espèce humaine toute entière qui nous semble insignifiante. Dans quelques millions d’années, les montagnes domineront toujours les vallées où vivront des espèces qui n’existent peut-être pas encore aujourd’hui et nos descendants (y compris les 16 millions) ne seront probablement plus de la partie. L’épopée humaine n’aura laissé comme souvenir qu’une couche de sédiment géologique évoquant métaphoriquement notre passage: bref et inconsciemment intense.

Et finalement, quand la montgolfière atteint l’altitude maximale, on se demande:

2. Pourquoi y a t-il quelque chose (et surtout nous) plutôt que rien?
Que répondre à ce Graal de la question existentielle?

Depuis que certains ont commencé

  • à prendre cette montgolfière,
  • à se rendre compte du coup que le soleil ne tournait pas autour de la terre
  • et que même le système solaire n’était pas le centre de l’univers,

notre espèce, hagarde, cherche désespérément à se raccrocher aux branches d’arbres qui se révèlent toujours avoir l’enracinage d’un domino.

Pour se rassurer, se fédérer, se conditionner et vivre ensemble, cette espèce a tenté des systèmes de croyance tous plus loufoques les uns que les autres (le monde, en 7 jours, sans déconner …) mais qui paraissaient à l’époque plus plausibles que l’interprétation qui se répand désormais chez certains d’entre nous:

Nous ne serions qu’une espèce animale “émergée” consciente au milieu d’un magnifique feu d’artifice de vie afin d’avoir le privilège de pouvoir effleurer du doigt sa propre insignifiance, la chance!

Malgré notre volonté et nos belles envies d’impact et de changement, nous laisserons tous sur le monde une empreinte aussi pérenne que celle d’une fourmi sur un manteau neigeux au beau milieu d’une tempête. Et quand bien même, marquerions nous notre époque, qui se souviendra de nous dans des millions d’années? Quels vestiges de notre passage restera-t-il quand l’espèce humaine se sera magnifiquement vautrée en essayant et en parvenant à devenir l’organisme vivant le plus dissipateur d’énergie de l’univers? Quand nous aurons transformé notre civilisation en une sorte de grille pain cosmique? (objet qui résumerait parfaitement notre ambition galactique au service d’un projet un poil plus nébuleux)?

3. A quoi bon?
A quoi bon vivre alors? A quoi bon essayer de faire des choses, si au final, tout ça n’a aucun sens? C’est ce que ce genre de réflexions évoque chez certains, une sorte de nihilisme déprimé, défaitiste et immobiliste. On s’écroule dans les cordes de notre existence, assommés par sa futilité.

C’est terrible de se réveiller un jour et de se rendre compte qu’on est pas plus utile qu’un député LREM. On espère d’ailleurs que les futurs témoignages de députés (s’il en survit assez) ayant vaincu un tel vide nous apporteront des billes intéressantes pour guérir cette anxiété existentielle dont certains sont infectés.

4. Nihilisme optimiste
Mais certains ont la chance que ces réflexions aient un tout autre effet, elles agissent chez eux comme une troupe de sans-culottes dans les couloirs de la Bastille. Elles viennent pulvériser les chaînes et les menottes que constituent l’illusion de l’importance des actes de nos vies, la vanité d’avoir un rôle à jouer, la fiction selon laquelle il est important de ne pas être ridicule, absurde ou bizarre. Ces réflexions érodent petit à petit le carcan et le poids des choses qu’on pense “devoir” aux autres et à la société.

Ces considérations, ce nihilisme est chez eux libérateur, comme s’ils n’avaient au final aucune responsabilité, ils peuvent “tenter des coups dans tous les sens”, rien de ce qu’ils feront ne pourra être retenu contre eux au jugement final, jugement d’ailleurs aussi probable qu’un Mélenchon durablement apaisé.

La seule chose qu’on doit, on SE le doit, on SE doit de profiter au maximum de cette expérience consciente littéralement magique qu’on appelle la vie. Et comme le dit et surtout l’anime magnifiquement la vidéo de Kurzgesagt:

“Si l’univers n’a pas de sens, c’est que nous avons le pouvoir de décider quel sens nous voulons lui donner. Nous ne sommes pas séparés de l’univers, nous sommes autant l’univers qu’une étoile, qu’un trou noir ou qu’une supernovae. Nous avons même la chance d’être sa partie sensible, celle qui voit, qui écoute et qui ressent”.

Alors ressentons!

Si vous comprenez pourquoi “aider l’humanité à construire un empire galactique” donne plus de point que “rendre la vie des autres meilleure”, expliquez-moi, je ne suis personnellement pas hyper convaincu.

A part si on parle de notre propre empire galactique, le réseau dense et riche qu’on tisse entre tous les gens qu’on aime et pour lequel nos ressentis, grâce à un long processus évolutif, entre en résonance.

A chaque Noël réussi, c’est quelque part une étoile de la mort en moins.

Joyeux Noël à tous!

Pace é Salute,

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Autres ressources:

Source: TED “Pourquoi l’univers existe-t-il?”

Source: KurzgesagtEmergence

Source: Science étonnante “Le jeu de la vie

Source: http://quelqueshistoires.centerblog.net/1985583-gengis-khan-16-millions-de-descendants-